FONTAINES ET ECOLOGIE

Les fontaines dans une perspective environnementale

fontaine ecologie consommation energetique

La crise écologique de notre époque nous force à repenser l’urbanisme et notre rapport plus global à la biosphère. Dans cette perspective la gestion et la place de l’eau sont des questions essentielles.

Lorsque l’eau n’est pas utilisée en circuit fermé, il existe différentes possibilités techniques pour créer des effets qui n’impliquent aucun apport d’énergie extérieur, comme c’était le cas des fontaines et lavoirs d’antan. La présence d’une source, d’une rivière ou d’un plan d’eau en amont de la zone de résurgence permet aujourd’hui de faire des effets d’eau plus complexes et diversifiés que les simples écoulements des fontaines traditionnelles. Ce type d’aménagement nécessite cependant une configuration particulière du terrain et une certaine disponibilité de l’eau naturelle. (Voir les projets Jardin du Las et Parc des estourants)

Dans les autres cas de figure, les fontaines modernes fonctionnent en circuit fermé pour économiser l’eau  du réseau et assurer des effets plus spectaculaires. Une fontaine animée (jets, cascades…) de taille moyenne à l’échelle d’une place publique,  nécessite une puissance de 20 à 50 kilowatts. Ces chiffres pourraient sembler élevés s’ils étaient comparés à une consommation domestique, mais à l’échelle d’une commune, ils restent plutôt modestes.

En effet, une voiture de taille moyenne consomme de l’ordre de 7 litres aux 100 km. Or un litre de carburant contient à peu près 10 kilowatts-heures d’énergie. Une voiture qui roule une heure consomme donc 70 kilowatts-heures d’énergie. Le calcul pour produire la même quantité d’énergie électrique que celle dépensée par une voiture dépend de la source énergétique, mais le calcul donne une équivalence d’ordre de grandeur.* Il suffit donc qu’une seule voiture soit retirée de la circulation pour arriver à un bilan énergétique neutre: une fontaine publique ne consomme pas plus qu’une seule voiture!**

La question essentielle en terme environnemental n’est donc pas la consommation d’une fontaine, mais la structure urbaine. Privilégier les modes doux de circulation et les transports en commun à un impact bien supérieur en termes d’économie d’énergie que de faire ou ne pas faire une fontaine. Si on évalue de plus ce qu’apporte l’eau dans une ville en termes de qualité de vie et d’apaisement, on voit que la question se pose sous un angle complètement différent. L’ouverture d’un espace public urbain impliquant de l’eau ou du végétal est souvent l’occasion de repenser l’ensemble de la problématique de la circulation. Désirer que les gens se déplacent autrement implique d’embellir la ville, de la rendre plus humaine. La qualité des aménagements et du tissu urbains incite de plus à vivre la ville plutôt qu’à chercher à la fuir pour se régénérer. Utilisée de façon appropriée, l’eau avec ses propriétés physiques, sa sensualité et sa charge symbolique a donc toute sa place dans la construction d’une cité contemporaine qui cherche une réponse aux défis environnementaux.

Pierre Luu

* Il s’agit d’un ordre de grandeur, car le calcul exact impliquerait de comparer des fontaines types à des modèles spécifiques d’automobile (qui, de plus, consomment davantage en ville). Les rendements de la production électrique varient de 30% (centrales thermiques) à 80% (barrages hydroélectriques). Pour produire entre 20 et 50 watts-heures nécessaires au fonctionnement d’une fontaine, il faut donc une énergie primaire de 25 à 167 watts-heures selon la source.  Combien de fontaines peut-on faire marcher avec une éolienne ? Un générateur de taille moyenne à une puissance nominale de 1 mégawatt. Sur une année elle produit en moyenne un quart de sa puissance nominale soit 250 kilowatts. Si on met de côté la question de l’intermittence du vent qui est un autre débat, on voit donc qu’une éolienne peut  assurer le fonctionnement de 5 à 10 fontaines de taille moyenne.

** Pour être plus exact, il faudrait cependant calculer l’énergie grise contenue dans la fontaine d’un côté et celle impliquant l’usage de l’automobile de l’autre (construction et infrastructures d’usage).